CPR037​-​Paris Violence "L'âge de glace" LP

by Common People Records

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1.
Un vent lugubre de fin de règne Souffle sur nos sociétés mourantes Qui se convulsent et qui saignent Dans leurs contorsions décadentes L'homme cède la place au code-barre La procréation au clonage Et un jeune millénaire hagard Naît dans un puant marécage Toutes nos croyances les plus fortes Et tous nos plus profonds symboles N'étaient-ils que vaines idoles Déjà tombées et bientôt mortes ? Le libéralisme à tout prix Paie celui de sa démesure Préparant sa propre agonie Dans sa chute effrénée et sûre Vache folle, OGM Ou guerre bactériologique Ne sont que les prolégomènes D'une fin apocalyptique Et nous entrons dans l'âge de glace Et nous entrons dans l'âge de glace Que sera le monde de demain Engendré par ces tristes ruines ? Ni surhumain ni inhumain Une ère froide et cristalline Que George Orwell ou Aldous Huxley En leurs si justes prophéties N'auraient pas même imaginé Dans sa pathétique folie Un autre symptôme infaillible Des grands déclins continentaux Les masses devenues insensibles Les arts devenus commerciaux C'est cette noyade culturelle Cette esthétique de l'insipide Vénale autant que superficielle Mêlée à l'attrait du sordide
2.
Tu rêvais de belles déprimes À noyer dans des nuits sans fin Comme dans les vieux polars français Du début des années 80 De bars glauques un peu enfumés De plongeons brutaux dans la fange De filles de nuit pour oublier Entre deux vodka-orange Tu rêvais de nuits en bagnole À fond la caisse sur les périphs À soigner ton ras-le-bol En prenant les sorties au pif À allumer tes blondes sans filtre À la lumière du tableau de bord En ouvrant de temps en temps la vitre Pour balancer ta clope dehors Et tu te retrouves encore comme un con Au milieu des boîtes de cachetons T'avais envie de tourner dans ton film Et tu tournes seulement en rond Tu voulais surtout un prétexte Pour oublier cette vie si terne Cette saloperie de tous les jours Qui t'assaillit et qui te cerne Mais c'est pas si facile que ça De rayer passé et futur Tu te rends compte malgré toi Que la réalité a la dent dure Qu'il va bien falloir y retourner Dans cette éternelle débandade Ça te fait plutôt un sale effet Comme si tu prenais une douche froide Tout paraît forcément dégueulasse Quand on se met à regarder les choses en face Replonger dans ce monde si crade Ça te fait l'effet d'une douche froide
3.
Psykhouchka 05:33
Il tourne en rond dans sa cellule Sous l'œil placide des caméras Il n'a plus de nom, seulement un matricule Un lavabo, un lit de camp Et quatre murs froids La seule pitance qu'on lui accorde chaque soir On la lui administre en intraveineuse Ce sérum acide qui décape sa mémoire Dissout ses neurones et ses fibres nerveuses Dissident Dissident Condamné à finir ses jours En hôpital psychiatrique Dissident Dissident Les nuits sans lendemain D'un prisonnier politique Ligoté à la table d'opération Cobaye impuissant hérissé d'électrodes Il attend la mort comme une libération Dans ces couloirs blancs Empestant l'alcool et l'iode Chaque jour son cerveau se délite un peu plus Saturé de mixtures expérimentales Il se sent devenir légume ou incubus Perdant peu à peu ses capacités mentales Bourreaux en blouses blanches aux tortures subtiles Clinique glaciale sans portes ni fenêtres Exécution capitale qu'à feu doux on distille Un magma végétal grandissant dans sa tête Sangles de cuir, aiguilles d'acier Folie inoculée, démence sur ordonnance S'efforcer d'obliger son esprit à fonctionner Quand on le sent s'évanouir Dans d'atroces souffrances
4.
Troisième nuit dans la bagnole Embusqué derrière le volant Avec une bouteille de gnôle Et un flingue dans la boîte à gants Surveillant dans ma somnolence À travers la buée du pare-brise L'entrée de la résidence Dans la pénombre indécise L627 ou Le Choix des Armes A posteriori j'aurais préféré Une scène de biture dans un pub Si j'évite le sang et les larmes Dans quinze jours on s'arrache cette histoire Dans tous les vidéoclubs Foutu blizzard, froid de canard Pour bien préserver l'atmosphère De polar tendance série noire Avec Anconina ou Dewaere Je recompte mes cartouches En vidant le thermos de café Soixante-douze plombes que je découche À ce compte-là autant assurer Troisième nuit blanche sur le compteur Entre les lumières vertes et rouges Et dans ce vieil immeuble de malheur Y'a toujours rien qui bouge Je repasse toujours les mêmes cassettes Du Motörhead ou du LSD Si je ressors vivant de cette petite fête Promis j'arrête de picoler Faut pas grand-chose ces soirs-là Pour se faire trouer le bidon Alors gaffe aux joyeux faux-pas Ou c'est six bastos pour l'absolution Un petit manque de sang-froid Ou mon pétard qui s'enraye Et je peux faire un croix Pour de bon sur ma carte vermeil J'essaie de ne pas voir ma tronche dans le rétro Depuis que je suis coincé dans cette caisse ça doit pas être jojo Je vais sans doute décevoir ces dames Heureusement je risque de rencontrer que des culasses et des lames Troisième nuit qui enfin s'achève Dans le brouillard froid de sept heures Pas mécontent que le jour se lève Et que je sois encore branché sur le secteur Foutue migraine, je suis dans le coltar J'ai la gueule comme un punching-ball Je débraye direction le plumard Je suis frais comme un lendemain de picole Police Python 357 Ces sympathiques débutants N'ont vraiment plus rien à m'apprendre Ça a bien plus de gueule en direct Si on a assez de présence d'esprit Pour pas se faire descendre Trois aspirines, un coup de rasoir Et douze heures de pionce d'affilée Je fonce vers les boulevards Complètement déconnecté Si dans dix minutes je ne suis pas au pieu Je vais m'écouler dans la caisse Exit de ce quartier poisseux Et pleins tubes sur mon deux-pièces
5.
Que de sang a coulé en vain Dont se sont bâfrés tous ces chiens Ces fossoyeurs impitoyables Larbins des flics et des notables C'est tout le Paris populaire Qui avait traversé tant de guerres Que froidement on décapite À partir de juin 48 Les barricades se levaient Au son du tambour qui roule Tandis que quelques vieux croulants ordonnaient De faire tirer dans la foule Souviens-toi, Parisien Souviens-toi jusqu'à la fin Souviens-toi, Parisien Souviens-toi des journées de juin Et Napoléon le petit Profitant du désordre ambiant Déclara sauver le pays En se proclamant prince-président Les survivants reprirent les armes Les barricades furent remontées Et dans un immense vacarme On lança des assauts désespérés Vous verrez bien tout à l'heure Comment on peut mourir Pour vingt-cinq francs par jour S'écriait le député Baudin Juste avant que vienne son tour Souviens-toi, Parisien Souviens-toi jusqu'à la fin Souviens-toi, Parisien De la mort du député Baudin Et la sanglante répression Ne se fit bien sûr pas attendre Exécution sans sommation Des insurgés venus se rendre On fit tirer sur les fenêtres Fusillade des boulevards Ordonnant de viser les têtes De tuer femmes, gosses et vieillards Bourgeois, soldats, comme artisans Étudiants, jeunes gens, ouvriers Furent écrasés dans le sang Et on massacra les prisonniers Souviens-toi, Parisien Souviens-toi jusqu'à la fin Souviens-toi, Parisien Du 2 décembre 51 Et puis l'Empire s'effondra Comme s'effondrent tous les empires Sedan fut sa Bérézina La capitulation, son dernier soupir Le changement se fit en douceur La IIIe sut prendre le relais Massacrant avec bon cœur Quelques trente-cinq mille fédérés Souviens-toi que les boulevards Sont rouges du sang des Communards Souviens-toi, Parisien Souviens-toi jusqu'à la fin Souviens-toi, Parisien Des fusillés du petit matin
6.
Traîner jour après jour, une errance sans fin Toujours les mêmes bars, toujours les mêmes coins Quartiers chauds qui scintillent dans la nuit glaciale Un îlot de lumière, toute la beauté du mal Terminus sans appel de vies foutues en l'air Paradis artificiels aux arrière-goûts d'enfer Se retrouver encore derrière les mêmes zincs Permanence nocturne entre quatre et cinq Dans la tourmente Dans la tourmente Traîner soir après soir dans des ruelles désertes Chercher désespérément une épicerie ouverte Montagnes d'ordures dans les vieilles arrière-cours Et au fond du cerveau, comme des coups sourds Rester toujours branché sur le pilote automatique Cavaler au hasard dans les quartiers périphériques Et finalement se retrouver devant le Sacré-Cœur Comme un moucheron attiré par un projecteur Dans la tourmente Dans la tourmente Pourtant certains matins Sur le pont de Caulaincourt Tu regardes sans rien dire Les premiers rayons du jour Pourtant certains matins Encore un peu ivre Tu te dis qu'après tout Il faut bien vivre Avoir complètement perdu la notion du temps Que cette nuit immense Qui semble durer depuis vingt ans Et encore se débattre avec cette sale impression De se retrouver dans un décor de science-fiction Des couloirs souterrains Qui s'enfoncent dans la nuit noire Leurs murs blancs si froids comme ceux d'un abattoir Béton dégueulasse, brouillage des sens Câbles haute-tension, sale odeur d'essence Dans la tourmente Dans la tourmente Oi!
7.
Non conforme 04:12
De la sous-merde de série Z Sur grand écran, et son dolby Ça excite bien les minettes Plus quelques millions d'abrutis Les foules baveuses se bousculent Pour aller claquer leur paye Devant les sourires ridicules De pouffiasses made in USA On engloutit sans états d'âme Les goûts et les sensibilités Dans une grande mélasse infâme Uniforme et aseptisée Quant à tenter d'en placer une Autant demander la lune Notre soi-disant culture N'est plus qu'une fosse commune Certifié non conforme Je me plierai jamais à vos normes Certifié non conforme Les masses réclament qu'on les endorme En pleine euphorie libérale S'agite la danse macabre Du pathétique carnaval D'un empire qui se délabre Et fringués comme des crétins Entre deux modes et deux tendances Tous ces moutons restent ravis De leur lugubre déchéance Et ces obtus connards rigolent Ils trouvent tout ça quand même bien drôle Ils savent pas vraiment pourquoi Mais tout le charme vient de là Alors en boucle ils récidivent Dans leur hystérie collective À se tordre de rire À l'idée de tous mourir Et on applaudit tous en chœur Dans la joie et la bonne humeur Devant le si charmant spectacle Des millénaires en débâcle Et on lève bien haut son coca En souriant aux caméras À l'inébranlable santé De qui viendra nous enterrer
8.
Tu te retrouves seul, comme toutes les nuits Au fond d'un bistrot de Pigalle Pour oublier tes insomnies Et tes humeurs de plus en plus glaciales De la banquette en skaï défoncé Tu reluques les macs et les travestis En alignant les whiskys bien tassés Les gin-tonics et les kirs cassis C'est pas de ta faute si la vie fait pas de fleurs Et après tout c'est pas un drame C'est dans le sang qu'on lave son honneur Mais c'est dans l'alcool qu'on lave son âme Dur d'être un ange Lumière jaune des soirées solitaires Dans les recoins cachés de la ville Là où c'est contre les réverbères Qu'on monnaye ses idylles À l'heure des règlements de compte Quand à la sortie des boîtes de strip On sent la tension qui monte Et les lames prêtes à déchirer de la tripe Toi, tout au fond du bar, tu attends Une rencontre ou une embrouille Pour bousculer ce quotidien navrant Pourtant tu sais que tu rentreras bredouille Dur d'être un ange Alors faute de changer ta vie Tu regardes se perdre celle des autres Dans les sous-sols de Monoprix Entre deux deals pas très propres Ou dans les grands parkings déserts Où on donne des leçons de décence À coups de pompes ou de barres de fer À méditer dans l'ambulance Toi, tout au fond du bar, tu attends de jouer toi aussi ton aventure Mais celles-là, tu le sais pourtant Finissent toujours au milieu des ordures Dur d'être un ange
9.
Demi-saison 04:11
Étrange dérive lente et tranquille Déclin discret entre deux eaux Marais éteints, pentes faciles Parmi les massifs de roseaux Visions brouillées, évanescences Une léthargie maladive Les plus mortelles décadences Sont toujours les plus lascives Même les immenses nénuphars Ont à présent l'air malades Dans cet à-peu-près cauchemar Tout en nuances maussades Changer lentement de substance Virer peu à peu au végétal Sans chaleur et sans souffrance Dans l'aigreur d'un vent matinal Délirer sans discontinuer Savourer doucement sa fièvre En se laissant ballotter Dans ces demi-teintes un peu mièvres S'abandonner dans ces eaux mortes Où frissonne un dernier courant Dont on ne sait trop où il porte Ni s'il existe vraiment Perdre encore un peu la raison S'engourdir sur ces ondes lisses Dans cette onirique flottaison Comme un éternel Osiris
10.
Après cette si longue nuit, se réveiller enfin Tant d'années de ténèbres chassées en un matin Voir se dissiper dans un clair ciel d'hiver Cette rage sans espoir, cette anxiété amère Ne plus avoir de comptes à rendre qu'à soi-même Chasser d'un seul coup les dernières migraines Se réveiller sans crainte, sans ce tonnerre sourd Qui ébranle le cerveau à chaque nouveau jour Une aurore éternelle Une aurore éternelle Une aurore éternelle Une aurore éternelle Ne plus rien ressentir qu'un apaisement froid Avoir évité et la peste et le choléra Se relever enfin dans une aube glaciale Ne plus s'encombrer ni du bien ni du mal Ni remords ni rancunes, un oubli sans appel des années d'aigreur jetées à la poubelle Ne plus rien attendre, se laisser glisser Sans appréhension, sans hâte et sans regrets Se diluer, se dissoudre Ne plus jamais chercher à en découdre Calme plat, échos sourds S'accommoder pour une fois de ce mortel séjour

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released December 1, 2020

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Common People Records Barcelona, Spain

Oi!/Punk Label & Mailorder from Barcelona (Spain).

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